Partager un cabinet est une stratégie courante chez les ostéopathes débutants ou diversifiant leur activité. Mais derrière l'apparente simplicité d'un "j'utilise ton local 2 jours par semaine et je te reverse 30 %", se cachent des enjeux contractuels, fiscaux et sociaux importants. Voici les règles du jeu.
Les trois formats de partage de cabinet
1. Le contrat de collaboration libérale
Le collaborateur exerce dans le cabinet du titulaire avec sa propre clientèle, en utilisant les locaux et le matériel en échange d'une rétrocession d'honoraires.
- Le collaborateur est indépendant (statut libéral, ses propres patients, sa propre comptabilité)
- Pas de lien de subordination
- Pas de salaire, pas de bulletin de paie
- Encadré par la loi du 2 août 2005
2. Le contrat de remplacement
Le remplaçant soigne les patients du titulaire, pendant une absence temporaire (vacances, formation, congé maladie). Il reverse la quasi-totalité des honoraires au titulaire, ne conservant que sa part de rémunération.
3. La location de local
Le praticien loue simplement un cabinet ou un créneau horaire au titulaire. Il y exerce avec ses propres patients, sans rétrocession (loyer fixe au lieu d'un % du CA).
Le contrat de collaboration : le format le plus courant
Ce qui doit y figurer
Un contrat de collaboration écrit est obligatoire. Il doit préciser :
- Identités des deux parties + numéros ADELI / SIRET
- Lieu d'exercice et conditions matérielles (jours, plages horaires, matériel partagé)
- Taux de rétrocession et modalités de calcul
- Modalités de règlement (mensuel, sur quel compte)
- Durée (CDD ou CDI) et conditions de résiliation
- Clause de non-concurrence post-contrat (souvent 24 mois, périmètre géographique limité)
- Patientèle propre du collaborateur : droit de la garder en cas de fin de contrat
- Assurances : RCP du collaborateur, locaux du titulaire
Absence de contrat écrit = présomption de salariat. En cas de contrôle URSSAF, votre "collaboration" peut être requalifiée en contrat de travail dissimulé avec rattrapage de cotisations sur 3 ans et pénalités.
Les taux pratiqués en 2026
| Configuration | Taux usuel (rétrocession au titulaire) | |---------------|----------------------------------------| | Petite ville, local basique | 20 à 25 % | | Ville moyenne, équipement standard | 25 à 30 % | | Grande ville, local moderne | 30 à 35 % | | Cabinet premium, équipement haut de gamme | 35 à 40 % | | Très centre-ville Paris, fauteuils + secrétariat | 40 à 50 % |
Plus le titulaire fournit (secrétariat, matériel, logiciel, communication), plus le taux est élevé.
Le calcul concret
Exemple : un collaborateur facture 4 000 € de consultations dans le mois. Avec un taux de 30 %, il verse 1 200 € au titulaire et conserve 2 800 € sur son compte professionnel.
Sur ces 2 800 € restants, il déduira ses propres charges (URSSAF, CIPAV, RCP, comptable) et conservera son bénéfice net.
Fiscalité de la rétrocession
Côté collaborateur
Les rétrocessions versées sont des charges professionnelles déductibles de votre BNC. Vous déclarez votre chiffre d'affaires brut (4 000 € dans l'exemple) en recettes, et la rétrocession (1 200 €) en charge.
La déclaration 2035 prévoit une ligne spécifique : "Honoraires rétrocédés".
Côté titulaire
Les rétrocessions reçues sont des recettes professionnelles (BNC). Vous les ajoutez à vos propres encaissements de consultations.
La rétrocession est versée brute (sans TVA, puisque les ostéopathes sont en franchise de TVA). C'est un transfert d'honoraires entre confrères, pas une prestation commerciale.
Pièges à éviter
1. La requalification en salariat
C'est le risque n°1. La collaboration sera requalifiée en contrat de travail si :
- Le collaborateur n'a pas sa propre clientèle
- Les horaires sont imposés par le titulaire
- Il y a un lien de subordination (directives sur les soins, agenda imposé)
- Le matériel et la patientèle appartiennent intégralement au titulaire
Conséquences : 3 ans de cotisations à rattraper côté employeur (URSSAF), pénalités et intérêts.
2. La clause de non-concurrence abusive
Vous avez le droit d'imposer une clause de non-concurrence à votre collaborateur, mais elle doit être limitée :
- Géographiquement : 2 à 5 km à la ronde maximum
- Temporellement : 12 à 24 mois maximum
- Proportionnée à votre intérêt légitime
Une clause de 10 km sur 5 ans serait jugée abusive et inopposable.
3. Le détournement de patientèle
Le collaborateur ne peut pas se constituer une patientèle aux dépens du titulaire. Concrètement, il ne peut pas :
- Communiquer aux patients du titulaire qu'il s'installe à proximité
- Récupérer la liste de patients du cabinet
- Pratiquer activement le démarchage des patients du cabinet
En cas d'abus, des dommages-intérêts peuvent être demandés. Mais : les patients traités personnellement par le collaborateur (avec son numéro ADELI) sont les siens.
4. Le partage du matériel et des consommables
Définissez précisément :
- Qui paie quoi (draps, gel, papier d'examen) ?
- Qui assure l'entretien du matériel ?
- Quelles plages horaires sont attribuées à qui ?
- Comment chaque praticien gère le respect du RGPD sur les dossiers patients partagés
Beaucoup de conflits naissent du flou sur ces points. Mieux vaut un contrat ennuyeux qu'une dispute permanente.
Comment gérer la facturation et le suivi
Chacun (titulaire et collaborateur) tient sa propre comptabilité et sa propre facturation patient. Le patient reçoit une facture au nom du praticien qui l'a soigné, avec son propre numéro ADELI.
En pratique
- Le collaborateur encaisse ses honoraires sur son propre compte professionnel
- Une fois par mois, il calcule le total facturé et reverse la rétrocession au titulaire
- Il note la rétrocession comme charge (pas comme rétrocession d'encaissement)
- Le titulaire la note comme recette de rétrocession
OsteoPulse permet à chaque praticien d'avoir son propre espace : facturation au nom personnel, statistiques individuelles de CA, export comptable séparé. Si vous êtes en cabinet partagé, chacun gère son activité de façon autonome, sans confusion comptable.
Fin de contrat : qui garde quoi ?
Quand la collaboration prend fin, plusieurs questions se posent :
- La patientèle : le collaborateur garde les patients qu'il a personnellement soignés. Les patients du titulaire restent au cabinet.
- Les dossiers patients : chaque praticien part avec ses propres dossiers (ceux de ses patients)
- La non-concurrence : à respecter dans les limites du contrat
- Le préavis : 1 à 3 mois selon le contrat
En cas de litige, la Chambre Nationale des Ostéopathes (CNO) ou un avocat spécialisé peuvent vous accompagner.
Modèle de contrat : où le trouver ?
Plusieurs ressources fiables :
- Registre des Ostéopathes de France (ROF) : modèle gratuit pour les adhérents
- Syndicat Français Des Ostéopathes (SFDO) : modèle complet
- Avocat spécialisé en droit de la santé : 300 à 800 € pour un contrat sur mesure (recommandé pour les configurations atypiques)
En résumé
- Contrat écrit obligatoire, sinon risque de requalification en salariat
- Taux de rétrocession : 20 à 50 % selon ce que fournit le titulaire
- Comptabilité séparée : chacun déclare ses recettes et la rétrocession en charge
- Patientèle propre : le collaborateur garde ses patients en fin de contrat
- Clause de non-concurrence : limitée dans le temps et l'espace
Un cabinet partagé bien encadré est un excellent levier : pour le titulaire (revenu complémentaire), pour le collaborateur (démarrage à coût réduit). Encore faut-il que les règles soient claires dès le départ.





